Réflexions sur le travail 1/7 – Surtravail : le regret des mourants

Soudainement en arrêt maladie pour un presque burn-out, je me questionne sur mon travail. Sur le travail. Comment ai-je permis à mon travail de tout me prendre ? Cet article est le premier d’une série de 7, questionnant la place de nos jobs dans nos vies. Je ne sais pas encore exactement quoi et comment, mais il y a quelque chose à rectifier, en profondeur et rapidement.

Arrêt maladie: Introspection

Au moment où j’écris ces lignes je suis en arrêt de travail depuis quinze jours. J’ai décidé de consulter mon médecin lorsque mon corps a commencé à lâcher : troubles digestifs, pleurs , épuisement, et une tension permanente devenue insupportable. Je me couchais dès 21h, épuisée, avec pour seule perspective de pouvoir tenir le lendemain. Ma vie sociale et mes activités étaient à l’arrêt ; mon temps libre ne servait plus qu’à récupérer. Même lors de mes rares moments de partage, je restais habitée par un poids énorme sur le plexus et une pensée obsédante : « lundi, ça recommence ». Bref, je ne vivais plus, je survivais.

Ce retrait forcé m’invite à faire le point. Ma carrière m’a indéniablement beaucoup apporté : des rencontres enrichissantes, de la maturité, une confiance en moi. Il m’a permis de construire ma vie, de devenir propriétaire et de trouver ma place dans la société en m’offrant, durant des années, une stabilité dont j’avais besoin.

Pourtant, ces dernières années, cet engrenage a fini par aspirer toute ma vie, et je ne peux que constater aujourd’hui que je ne peux / veux plus continuer sur cette voie.

Alors, quelles limites poser ? Quel prix suis-je réellement prête à payer pour un salaire ?

Pour nourrir cette réflexion, je vous propose de nous tourner vers la sagesse de ceux qui arrivent au terme de leur voyage.

Le Travail : la perspective des personnes en fin de vie

Les 5 Regrets des Personnes en Fin de Vie – Bronnie Ware est une infirmière australienne qui a travaillé de nombreuses années en soins palliatifs, accompagnant ses patients durant leurs dernières semaines.

Voici les cinq regrets qui revenaient le plus couramment chez ses patients :

  1. J’aurais aimé avoir le courage de vivre une vie fidèle à moi-même, et non celle que les autres attendaient de moi.
  2. J’aurais aimé ne pas avoir travaillé si dur.
  3. J’aurais aimé avoir le courage d’exprimer mes sentiments.
  4. J’aurais aimé rester en contact avec mes amis.
  5. J’aurais aimé m’autoriser à être plus heureux.

Je voudrais développer ici les pensées de Bronnie Ware concernant les regrets 1, 2 et 4, directement liés à un travail qui prend trop de place:

  • Vivre une vie fidèle à soi-même : C’est le regret le plus courant. Avec la lucidité de la fin de vie, les personnes voient avec regret combien de rêves ne se sont pas réalisés. Bronnie nous rappelle l’importance d’honorer nos rêves en chemin, au moins quelques uns. Dès l’instant où l’on perd la santé, il est trop tard. Elle conseille de ne pas attendre la retraite et de ne pas passer toute notre vie « valide » à travailler, car la santé ne sera peut-être plus là au moment du départ à la retraite.

  • Ne pas avoir travaillé si dur : Ce regret était universel chez les patients masculins de Bronnie (les femmes de cette génération souvent ne travaillaient pas). Ils avaient manqué la jeunesse de leurs enfants et la compagnie de leurs proches. Ils regrettaient profondément d’avoir passé une si grande partie de leur vie dans l’engrenage du travail au détriment du reste si précieux.

  • Rester en contact avec ses amis : Souvent, les patients ne réalisent pleinement les bienfaits des vieux amis qu’au cours de leurs dernières semaines. Beaucoup s’étaient tellement laissé absorber par leur propre vie et travail qu’ils avaient laissé filer des amitiés précieuses au fil des ans. Il y avait beaucoup de profonds regrets de ne pas avoir accordé aux amitiés le temps et les efforts qu’elles méritaient. Tout le monde regrette ses amis à l’approche de la mort. C’est tout ce qui reste dans les dernières semaines constate Bronnie: l’amour et les relations.

“Il meurt lentement
Celui qui ne change pas de cap
Lorsqu’il est malheureux
Au travail ou en amour,
Celui qui ne prend pas de risques,
Pour réaliser ses rêves “

Martha Medeiros (poétesse brésilienne)

Zoom sur le 2ème regret : “J’aurais aimé avoir moins travaillé”

J’ai souhaité approfondir ce point en écoutant une interview Bronnie Ware : https://www.youtube.com/watch?v=DN9CEPrpmm0. Voici ce que je retiens :

Le regret n’est pas d’avoir travaillé, mais que le travail ait pris toute la place. Le vrai problème, c’est d’en faire sa vie entière et de passer à côté de l’essentiel. Car le jour où le travail s’arrête — que ce soit à cause de la santé, d’un licenciement ou de la retraite — tout disparaît. Il ne reste rien, ou si peu.

J’ai beaucoup aimé l’expression de Bronnie Ware « Space is medicine » : Créer de l’espace est un remède. Il est vital de se dégager du temps pour laisser de la place à nos rêves, et surtout, de s’engager à protéger cet espace. C’est là que la vie s’élargit.

Que ce soit trente minutes par jour ou un week-end sans téléphone : si vous ne pouvez jamais débrancher de votre agenda, c’est peut-être que vous n’avez pas le bon boulot. On nous répète souvent qu’il est « impossible de s’arrêter », mais ce n’est pas la réalité. On peut faire le choix conscient de refuser ce récit, et faire de l’espace sans que tout ne s’effondre. Bien sûr, travailler dur pendant un temps est tout à fait acceptable ; le problème, c’est quand cela ne s’arrête jamais.

Faire des choix qui sont justes pour soi:  Le travail ou les « likes » sont mesurables et apportent une validation extérieure, mais ce n’est pas ce qui rend heureux. Nos patrons et nos “followers” ne seront pas là lors notre bilan final.

À l’inverse, l’essentiel ne se mesure pas et n’est pas validé comme un succès par notre société: passer du temps dans la nature, avec ses proches ou à pratiquer ses passions. Toutes ces choses ont un point commun : elles demandent du temps et de l’énergie qui nécessitent d’être absolument protégés. Il nous appartient de choisir notre juste équilibre, en sachant que nos choix peuvent évoluer selon nos périodes de vies et nos objectifs. Gardons l’espace nécessaire pour les repenser avant d’être engouffrés dans un tunnel où, faute de recul, seul le corps qui lâche nous oblige à les repenser.

Conclusion …

Pendant cet arrêt, je réalise que j’avais laissé de côté l’essentiel au profit de mon travail. Si ce constat est piquant, je préfère y voir la chance d’une leçon pour la suite : j’ai désormais à cœur de recommencer à « jardiner » ce qui est précieux et de protéger ce qui est sacré : mon temps, ma santé et mes relations.

Bien sûr, façonner cet équilibre est un défi, et en toute honnêteté, je connais peu de personnes qui l’ont réalisé. Mais je choisis d’être optimiste. Ce chemin vers une vie plus juste pour soi est une aventure qui commence maintenant, et je suis prête à poser les premières pierres de cet équilibre nouveau. Marchons sur ce chemin ensemble 😊.

Comme le conclut Bronnie Ware :« La vie est un choix. C’est VOTRE vie. Choisissez consciemment, choisissez sagement, choisissez honnêtement. Choisissez le bonheur. »

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